Editorial

Depuis septembre 2009, le CCREAT et le CSNAT ont travaillé à une réforme des programmes d’enseignement pour la mise en application de cursus en Sciences fondamentales biomédicales et en Diagnostic de distinction sur les bases de recommandations proposées par le Ministère de la Santé.

L’annonce de cet enseignement, prolongeant le DNAT, a soulevé beaucoup de commentaires. Ils sont le reflet , soit d’une inquiétude compréhensible, soit d’une prise de position intransigeante qui tenterait de créer un fossé entre la médecine conventionnelle et la médecine chinoise et, plus particulièrement, l’acupuncture traditionnelle qui est le domaine qui nous concerne. Entre ces deux approches, il y a le patient qui doit pouvoir profiter des qualités de l’une et de l’autre sans être pris en otage.

Si le niveau d’excellence des connaissances enseignées en médecine chinoise est incontestable, puisque sanctionné par un examen très sélectif, il n’en reste pas moins, que l’Administration s’appuyant sur le Code de la Santé publique qui, depuis 1953 fait autorité en France, précise que seuls les titulaires du doctorat en médecine sont autorisés à la pratiquer . L’opinion légitime et partagée que l’on peut avoir de notre art, relève d’une position contemplative si nous refusons de prendre en compte la réalité de la législation.

L’enseignement de l’acupuncture, dans le début des années 60, était destiné aux professionnels de santé diplômés qui voulaient élargir le champs de leurs connaissances par une approche fondée sur la globalité de l’être, où l’on voit apparaître la notion d’Energie ,que la vision matérialiste de notre culture cartésienne a tant de difficultés à définir.

La relation maladie/patient s’inversait, et n’apparaissait plus comme une fatalité. Elle devenait prévisible par les signes d’alerte identifiables d’un déséquilibre yin/yang de l’Energie. Cette notion ancestrale de l’Energie, qui a pourtant fait ses preuves, est encore contestée par des scientifiques sceptiques qui ne peuvent en donner qu’une définition mécaniste.

Cette approche, que certains voudraient voir ésotérique ou métaphysique, a débordé le milieu médical. A la médecine conventionnelle,on pouvait opposer une réponse différente en replaçant le patient et non sa pathologie au centre du raisonnement. Mais, en empruntant à la médecine chinoise, le système de pensée qu’elle a initié, il s’est rapidement étendu à des techniques plus ou moins rationnelles, composant une nébuleuse sous le sigle de « médecines parallèles », ce qui laissait entendre qu'aucuns points communs ne pouvaient leur permettre de dialoguer. Le message sur les exigences d’un enseignement traditionnel a été brouillé et détourné par la créations de nombreuses “écoles” aux compétences incontrôlées.

Les Pouvoirs Publics se sont émus de cette extension de thérapies marginales, souvent irréalistes et sectaires, qui se prétendent héritières de la pensée chinoise. Nous partageons cette analyse et il est de notre responsabilité de soustraire l’Acupuncture Traditionnelle de ces pratiques mystiques dans lesquelles certains, mus par une idéologie qui les rassure, ou les aveugle, se sont laissés entraîner.

Les Praticiens Acupuncteurs, bien que rassemblés par un système de pensée qui leur est commun et familier, représentent un milieu hétérogène composé de professionnels de santé et de non-médicaux. C’est le niveau de formation de ces derniers qui bloque l’ouverture vers une reconnaissance professionnelle ouverte aux non-médecins car celle-ci implique de les inclure dans le système de santé régi par une législation incontournable. En France l’autorisation de soigner est réservée aux titulaires d’un Diplôme d’Etat. C’est la Loi, c’est un fait !

Dès 1985, des contacts constructifs ont été noués avec l’Administration de la Santé qui n’est pas hostile à l’étude d’un dossier pour un projet de reconnaissance de la pratique de l’Acupuncture par des non-médicaux. Elle exige ,comme préalable ,que la profession s’organise autour d’un programme commun à partir de recommandations compatibles avec la législation imposée aux professionnels de la santé. Dès cette date, le Conseil Supérieur a été sollicité pour élaborer un cursus de formation conforme aux directives du Ministère.

Ce premier dossier très élaboré par l’ANRPA (Association Nationale pour la Reconnaissance des Praticiens en Acupuncture ) à partir du modèle de cursus canadien, le plus proche des recommandations françaises, est resté dans les tiroirs du Ministère en raison des aléas politiques de l’époque. Il fût repris en 1996 dans l’esprit du Rapport du Député Georges TRON et remis sous forme de « Mémoire présenté aux Commissions des Affaires Culturelles Familiales et Sociales » qui précisait le contenu des études à partir d’un programme de base totalisant 1200 heures de cours et de travaux pratiques sur 3 ans élaboré aussi bien :

- pour les professionnels issus des études médicales et para-médicales : DNAT tronc commun à tous

- que, pour ceux désireux de devenir acupuncteur , mais, qui n’ayant pas de bases dans certaines sciences fondamentales , devront assimiler un programme complémentaire d’études.

Les étudiants, non issus des professions de santé et titulaires, pour le moins, du baccalauréat, seront admissibles dans les écoles à condition de suivre un enseignement supplémentaire portant sur les matières médicales de base ... Le Ministère définira les équivalences nécessaires sur avis du Conseil Supérieur des Acupuncteurs Traditionnels ».

Lorsque nous avons eu à prendre en charge les responsabilités professionnelles, nous avons repris le dossier pour permettre aux plus exposés d’avoir la possibilité d’accéder à une formation qui leur fait défaut.

Dans la synthèse des rapports composant le Mémoire de 1998 le Président Peyronnel rappelait par un courrier à toutes les Ecoles que : « Le CSAT est chargé de veiller à l’éthique de la profession et au bon enseignement. Pour cela, le CSAT élabora, début 1985, un programme d’enseignement que les écoles agréées par le CSAT ont obligation de dispenser. Les 3 premières années représentent les études communes avec la médecine occidentale. Ces matières communes entrent également dans l’enseignement de la médecine chinoise en RPC » soit 1650h sur 6 ans pour l’ensemble du cursus.

Le CCREAT et le CSNAT ont travaillé sur ce dossier pour proposer un cursus sous forme de modules pour l’enseignement des Sciences bio-médicales fondamentales et pour « les diagnostics de distinction » pour obtenir le Diplôme National Supérieur de Médecine Acupuncturale ( D.N.S.M.A.) après soutenance d’une thèse. Nous avons rédigé un “ Mémoire sur la Pratique de l’Acupuncture Traditionnelle en France “ qui sera remis aux Pouvoirs publics.

Un délai de mise en application serait accordé pour permettre aux Ecoles d’organiser l’introduction des Sciences Fondamentales dans la préparation au DNAT.

Pour tous renseignements, allez à la rubrique "Formation pour étudiants ou thérapeutes/Autres formations sélectionnées par le CCREAT sur le site web: www.ccreat.net

Les démarches que nous entreprenons pour une reconnaissance de la profession d’acupuncteur relèvent d’un caractère d’urgence face à une situation qui devient préoccupante pour les praticiens non-médecins, dont le nombre est estimé à 7000 en France. Pour mémoire, le CCREAT / CSNAT depuis la première promotion du DNAT en 1984, n’a validé que 1158 diplômes.

Nous ne sommes pas seuls à avoir pris conscience que les différentes structures qui représentent la profession doivent se rapprocher sur un programme à définir qui devrait aboutir à la délivrance d’un diplôme unique et reconnu pas tous. Des contacts encourageants ont été pris avec les responsables, afin de bien cerner les objectifs à atteindre. Un grand pas a été franchi, puisque des organisations professionnelles qui s’ignoraient, ont décidé de dialoguer sur un objectif commun.

Le Dr Michel FREY, Président du Conseil Supérieur National de l’Acupuncture Traditionnelle sera le négociateur avec l’aide du CCREAT dans le cadre de sa mission de Centre Culturel qui œuvre pour une reconnaissance de notre diplôme.

Souhaitons que nos organisations responsables se retrouvent sur une proposition commune pour que soit présenté aux Pouvoirs Publics un projet de programme commun sur les bases que nous avons déjà tracées.

 

Bernard AVEL                                                      Dr Michel FREY

Président du CCREAT                                       Président du CSNAT